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Christian Bobin -  photo C. Hélie - Gallimard

Christian Bobin - photo C. Hélie - Gallimard

Christian Bobin est un écrivain français. Il est l’auteur de plusieurs livres dont les plus connus : Le Très Bas, La plus que Vive, Autoportrait du radiateur, la part manquante. Ces deux derniers livres sont Carnet du Soleil (Lettres Vives, 2011) et Un assassin blanc comme neige (Gallimard, 2011).
Christian Bobin cherche toujours à faire jaillir l’enthousiasme, la joie et le positif au fil de ses pages. Il m’a fait l’amitié de m’accorder – à titre professionnel – cet entretien.

Dans vos livres, vous nous faites percevoir qu’il ne faut jamais se résigner, que la lumière demeure même au cœur de l’obscurité. Comment en avoir la certitude ?

Il me semble que l’on peut atteindre, un jour où l’autre, le fond de cette vie et faire l’expérience qu’elle est bienveillante. Cette expérience ne s’explique pas et même si elle s’éloigne, elle ne s’efface pas tout à fait.
Si je ne devais garder qu’une seule phrase dans tous mes livres ce serait : « la certitude d’avoir été, au moins un jour, au moins une fois, aimé, c’est l’envol définitif du cœur dans la lumière ». Cette certitude m’a été donnée par une de mes amies proches, il y a trente ans. Cette amie est aujourd’hui morte. La joie qu’elle m’a donnée est toujours agissante.
Ce ne sont pas les grandes choses qui sont pertinentes. C’est la personne la plus immédiatement proche de nous qui peut nous ouvrir les portes du ciel.

Vous êtes très sensible au « salut », au fait qu’il est toujours possible d’ouvrir un avenir. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Le salut est un terme merveilleux et délicat. Il faut le prendre comme l’on prend un napperon en dentelle : du bout des doigts. Il faut le laver de toute relation de puissance. Il est toujours possible de se placer dans une situation de domination, de mettre la main sur l’autre sous prétexte de le sauver. Mais je crois fondamentalement que chacun de nous à plus à être sauvé qu’à sauver.
Ce qui compte toujours c’est le lien d’une personne à une autre. Un lien réel qui n’a rien à faire avec les écrans – qui portent d’ailleurs bien leur nom. Ce qui compte c’est la présence réelle qui me fait découvrir qu’il me manque quelque chose.
Le sens de cette vie c’est d’essayer d’aider quelqu’un ; faire de la vie d’autrui un paradis avant la grande traversée des flammes. C’est quelque chose qui nous arrache aux ténèbres du temps. Aider quelqu’un c’est comprendre que l’on est fait de la même substance que lui.

La figure de Dieu est très présente dans vos livres. Quel visage a-t-il pour vous ?

Le visage de celui qui me parle, à l’instant où il me parle. Dieu. C’est l’étincelle d’un rapport humain soucieux de vérité. La Vérité n’est pas toujours agréable à entendre ; le Christ n’était pas toujours tendre.
La rencontre réelle entre deux personnes. C’est le nom intime du divin. Cette rencontre est, parfois, difficile. Pour que le nom de Dieu résonne il est nécessaire que la rencontre soit tournée du côté du plus fragile. Une phrase de Jean Grosjean m’habite souvent en ce domaine : « Le regard des malades, des prisonniers, des bandits sur nous, c’est le regard de Dieu ».  La vie est faite de beaucoup de choses que l’on sent, que l’on ne peut pas expliquer. Il y a beaucoup de discours sur Dieu qui semblent connus d’avance, qui ne surprennent pas.  Le visage de Dieu c’est le visage du premier venu, de celui qui est dans le métro avec moi. Dieu est aussi celui qui tend sa main pour une pièce. C’est difficile à voir. Nous avons du mal à voir, à sortir de notre somnolence, de ce que l’on croit savoir, pour commencer à regarder.

Quelle Parole de Dieu fait sens pour vous aujourd’hui ?

« J’avais faim et vous m’avez donné à manger. J’étais prisonnier et vous m’avez visité ». Ce passage je ne le commenterai pas. L’étrangeté de cette parole me sidère, me coupe le souffle. Souvent, c’est ce qui vous coupe le souffle qui vous aide à respirer.

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